Quentin a 9 ans et jusqu'à ce mardi matin de novembre, il pensait que le lait venait « d'une usine ». C'est ce qu'il nous a dit, simplement, sans honte, en descendant du minibus devant le GAEC des Combes, une exploitation laitière de 65 vaches montbéliardes installée à une trentaine de kilomètres de Clermont-Ferrand. Deux heures plus tard, en remontant dans le véhicule, il avait une autre réponse. Le lait vient de Fleur, de Noisette, de Marquise — des noms qu'il avait lus sur les plaques accrochées aux stalles de la salle de traite, et qu'il répétait à voix basse comme s'il voulait les retenir.
Cette visite de ferme est le prolongement naturel de nos ateliers en cuisine. Depuis plusieurs années, nous expliquons aux enfants d'où viennent les produits qu'ils cuisinent. Mais il y a une limite à ce qu'une carte, une photographie ou même une vidéo peut transmettre. L'odeur d'une étable en hiver. Le bruit sourd d'une vache qui se déplace dans la paille. La chaleur qui monte des flancs des animaux. Ces sensations sont irremplaçables, et elles changent le rapport qu'on entretient avec la nourriture de manière durable.
Nicolas, l'éleveur qui nous a reçus, a accepté de consacrer sa matinée à nos dix enfants avec une générosité qui nous a touchés. Il a commencé par leur expliquer sa journée : lever à 5h30, traite à 6h00, puis les soins, la gestion des pâturages, l'alimentation du troupeau, la paperasse administrative — parce que oui, même les éleveurs font de la paperasse. Les enfants ont écouté avec une attention que nous n'observons pas toujours en salle. Il y a quelque chose dans la présence d'un professionnel dans son milieu qui impose naturellement le respect et la curiosité.
La partie que les enfants ont préférée est sans surprise le moment de la traite — ou plutôt de sa démonstration, car la traite du matin était déjà passée. Nicolas a mimé les gestes, expliqué le fonctionnement de la machine, montré comment on vérifie la santé du pis, comment on nettoie le matériel. Puis il a sorti un seau et montré comment traire à la main, une compétence qu'il maintient précieusement pour les cas d'urgence. Deux enfants ont essayé. Leurs mines de concentration absolue ont fait rire toute la classe.
Nous avions préparé en amont une série de questions que les enfants devaient poser à Nicolas. Pas des questions imposées, mais des questions qu'ils avaient eux-mêmes formulées lors de l'atelier précédent, après une séance sur le Saint-Nectaire fermier. Combien de litres de lait donne une vache par jour ? Comment on sait quand une vache est malade ? Est-ce que les vaches ont des amies ? Cette dernière question, posée par une petite fille de 7 ans, a provoqué une réponse longue et sérieuse de Nicolas : oui, les vaches forment des groupes stables, elles se choisissent des compagnes, et séparer deux vaches qui se sont liées peut les stresser. L'enfant a hoché la tête avec la gravité de quelqu'un qui vient d'apprendre quelque chose d'important.
Au retour, nous avons demandé à chaque enfant d'écrire ou de dessiner une chose qu'il n'avait pas su avant la visite. Les réponses couvrent maintenant un mur entier de notre salle d'atelier. « Une vache mange 70 kg d'herbe par jour. » « La traite dure 8 minutes par vache. » « Le lait est chaud quand il sort. » « Nicolas se lève quand il fait encore nuit. » Ce dernier dessin — un éleveur en silhouette sous un ciel étoilé — nous semble résumer parfaitement ce que nous cherchons à faire : rendre visible le travail invisible qui précède chaque repas.